(dans la scène II de l'acte I)
REGINAR (il se penche brusquement sur elle, elle sourit toujours)
J'ai reçu de très bonnnes nouvelles du Chevalier de Cailleuse,
Il est revenu ce matin de sa campagne, notre cher petit sire !
RADEGONDE (radieuse et moqueuse)
Aurais-je des raisons particulières de m'en réjouir ?
REGINAR (furieux)
Foutre-belette ! Tout le monde est supposé savoir qu'avec lui vous nouez une intrigue !
Quelle aide m'apportez vous dans cette tourmente dans laquelle le royaume navigue ?!
Ah, le beau galant que voilà ! Un pantin enrubanné, une sauterelle bêlante !
Un mien chevalier plus soucieux de ses toilettes aux couleurs pétantes !
Un fade poète emperlouzé, plus bagué qu'une truite ou un pigeon,
Qui rampe dans mes pas obséquieusement, à m'en faire dégueuler mon litron !
Vous vous êtes entichée de ce bellâtre qu'on ne voit jamais l'épée au côté !
Comment peut-on se détourner à ce point de la virile royauté ?
RADEGONDE
J'entretiens avec le sire de Cailleuse, il est vrai, de fort belles relations,
Il est d'un naturel honnête, affable et vit au chant des bois qui sont sa passion.
Je découvre en sa compagnie des joies simples et diététiques
Et en dire autre chose serait oeuvre de mauvaises langues sataniques...
REGINAR
Je ne peux couper la langue de tous mes sujets !
Tout le pays sait bien de quoi je vous parlais !
RADEGONDE
Cessez donc de faire peur à ce lapin que je viens d'acheter au marché !
Je ne voudrais pas qu'il claque d'un infarctus, au prix qu'il m'a coûté !
REGINAR
Vous opposez à mon juste courroux ce rongeur à quattre pattes
Avec une insouciance de nos ressources qui m'épate !
RADEGONDE (fermement)
De vos égarements, Sire, nous payons à deux les dommages.
Et nos bêtes ont trop attendu de perdre leur pucelage.
Alors, sauf si un miracle pour nos prochains repas se dessine,
Souffrez, Votre Majesté, que je porte ce mâle aux lapines !
Dites-moi plutôt ce qui est arrivé à ma commode de palissandre,
A mes tapisseries de licornes et à mon Baccarat vert tendre...
REGINAR
Il a fallu... Ma Reine, éponger les arriérés de mon dernier anniversaire.
Ces articles, plutôt moches somme toute, ont franchi la frontière...
RADEGONDE
Et pourquoi les voûtes de la galerie qui donne sur nos appartements
Sont-elles murées derrière les portes aux dérisoires battants ?
REGINAR
J'ai pu tirer un profit raisonnable d'une modeste surface du château,
Rachetée ce matin par notre cousin et voisin le Prince de Soufflopipo.
RADEGONDE
Vous vendîtes notre chambre et sa suite ?...
REGINAR
Et toute l'aile nord avec ses termites... Oui-oui.
RADEGONDE (elle hurle)
Je crois vraiment que nous avons touché le fond et j'enrage !
Le vrai déshonneur est celui qu'on m'impose dans votre naufrage !
Quel fol espoir ai-je eu que vous m'auriez donné d'une once de bravoure un aperçu,
Alors que dans toutes les collines, vous ne laisserez que la trace d'un trou du cul !
REGINAR
Ah, vous laissez votre haine vous emporter, Ma Reine, Ma Douce !
Et je vois bien que pour vous apaiser, il faut céans, faute de mieux, que je glousse !
Gloups, gloups, gloups...
RADEGONDE
Ah ! Vous fuyez encore, triste mari sans arguments !
Qui veut faire scandale de la petite chose qui s'appelle amant...
REGINAR
Vous ne pouvez paraître au bras de cette demie gonzesse !
Et ce m'est une torture d'imaginer la place qu'il tient dans vos fesses !
RADEGONDE
Vous êtes bien empressé à vouloir me prendre en défaut
Sur l'usage que je fais de cet extrait de ma personne que la légende affirme beau !
Mais que vous ne cherchâtes guère, ces derniers temps,
A couvrir d'attentions, comme dans les anciens moments,
Quand au bas de vos lettres par votre mère dictées,
Vous dessiniez pour moi ces petites paires de fesses...
REGINAR
C'étaient des coeurs, ne vous en déplaise, injuste effrontée !
Mais en dessin, j'ai toujours été nul, je le confesse...
Il n'est point de vrai fils de roi, viril et brave,
Qui peut, de ces arts stupides, se permettre l'entrave !
Il n'est valable pour apprendre à bien gouverner
Que de savoir mentir, guerroyer et à bon escient niquer !
RADEGONDE
Et voilà le beau résultat de votre aveuglement dépassé
Qu'aujourd'hui, même nos latrines sont en pays étranger !
REGINAR
Le notaire m'a assuré, selon l'expertise qu'il a faite,
Que cette partie du château est la plus cotée à l'argus...
RADEGONDE
Ce notaire est de connivence avec Flaive, pour qui il traite !
Il profite de nos urgences et vous l'avez dans l'anus !
Et le peuple se rit de nous avec tant de distorsion que la glotte se voit,
Car vos actes disent bien qu'au pied du mur, vous n'êtes pas roi !
...mur... pas roi... Hi, hi, hi...
REGINAR
Foutre-belette ! Vous me harcelez jusque dans vos rimes, odieuse plaintive !
...Vas-y, démerde-toi avec celle-là...
RADEGONDE
Employez donc votre ire aux soins du royaume pour qu'il vive !
Je préfère, avant que les mots n'enflent sous les passions et l'énervement,
Quitter cette pièce avec ce lapin au regard innocent...
REGINAR
Ne me parlez plus de ce lapin ! Il est tout blanc, poilu et il a le regard con !
Sortez, Madame, ou j'en fais céans l'invité vedette de notre court-bouillon !
Je hais, qu'on se le dise, les lapins, je les hais dans toutes les dimensions
Que la haine peut prendre quand... On ne sait pas meubler une conversation...
RADEGONDE
Je sors.
REGINAR
C'êêêêê ça. Sors.
Ah ! Voilà le comte de Bosc, mon conseiller le plus habile !
Venez ici, que je décharge sur vous un peu de bile !
Bosc, expliquez-moi donc le mystère de cette décoration
Que je trouve imbuvable et pleine de prétention !
BOSC
Votre Majesté, nos décorateurs ont fait, avec le peu d'argent dont le souci nous occupe,
Un assemblage réputé zen de voilages, de statues et de matériaux de récup'...
Ils m'ont vanté pour la salle du trône le besoin d'une atmosphère boudhiste,
Propice à la sagesse de décision, incompatible avec un pouvoir absolutiste.
Ici, ils ont installé la statue d'une vieille déesse de l'amour à la chevelure grise,
Qui est un symbole à la beauté intérieure... A c'qu'y disent...
REGINAR
Ah... La Déesse Askydiz... Je ne connaissais point cette divinité !
Je vais vite à la pensée de ma reine l'invoquer !
Vous savez, Comte, que la reine m'est peut-être infidèle, quelle honte !
Mes sujets se gaussent de moi, du simple barman au plus haut ponte !
Cette larve de Cailleuse a perverti mon amour de jeunesse,
Ils passent des journées entières dans les bois, comme dit la presse ;
Ce poète écoeurant fait faire un régime végétarien à ma femme,
Ce bougre de chevalier l'a séduite et elle se pâme !
BOSC
Certes, le damoiseau est poète et peu adepte de gibier et de mangeaille...
Et à vos chasses, son cheval ne se fatigue pas...
Mais, bien introduit parmi votre jeune valetaille,
Il n'a, je le sais, point craché sur ces cuissots-là...
REGINAR
Ah ? Vous me dites que le bougre est bougre ?...
BOSC
Assurément, Sire, le garçon dont nous parlons est bougre,
Plus bougre qu'il n'a été possible à ce jour d'être bougre !
Il tourne vos pages à un etelle cadence
Qu'on pourrait de ce vice caricaturer l'Eléborance !
Oncques ne vit plus stakhanoviste bardache
Dans la prise en main de nos tendrons pour les tuer à la tâche !
La reine, pour vous rendre jaloux et actif, s'est servie de ce ridicule maricone,
Sur lequel on taille des croupières à la Cour de Katapigone !
REGINAR
Ce que vous me dites est grave,
Et j'ai dans la bouche comme un goût de rave...
Ma reine ne m'a donc point trompé,
Et c'est pur sadisme que la honte qu'elle me fait porter ?...
BOSC
La reine, frustrée de puissance, a voulu se venger, Sire.
Elle vous a aimé jusqu'à l'arrivée du pire.
Ne vous voyant pas réagir à ses projets,
Elle semble avoir tourné ailleurs ses attraits...
La perfide Radegonde, Votre Majesté,
Entretient une intrigue sur un autre palier !
Elle vous méprise tant et vous dédaigne,
Que, la preuve est faite, elle se tape le roi de Casteigne !
REGINAR
O accablement cruel ! O infortune et déshonneur suprêmes !
Tout conspire à ma perte et je n'ai point vu ce système !
Flaive et la reine alliés contre moi attendent la clôture de leur oeuvre
Au goûter d'anniversaire préparé par la gloutonne pieuvre !
TRAHISON ! Le cri que vous attendiez tous éclate sous ces voûtes !
Cette infâme combinaison sera, par ma foi, mise en déroute !
Je rassemblerai tous les bras qui ne sont pas mollasses,
Il n'y aura pour le casteignan pas un recoin !
Dans chaque buisson, en toute place,
La colère des armes fixera notre destin !
Le déshonneur sera lavé, je chargerai au centre
Et du tourment de ma famille, je ferai saigner le ventre !...
Voilà... Comment ?... Juste un extrait ?... Bin oui. Le truc fait 60 pages. Là, il y en a 7... Je n'ai pas la patience de tout réécrire... Bonnes vacances !
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