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Vendredi 5 mai 2006

Dégommez les anges ! - Daniel - 5 mai 2006 - "...Quand on sème, il faut attendre l'été, quand on sème, on remet à deux mains..."

 

On m'a dit qu'un ange était en cage

Et j'ai cru en avoir la clé

Un souffle suffit à faire des ravages

Moi, j'avais un air d'amour à donner

 

Le sort peut briser les meilleures ailes

Je rêvais de ne pas être le mauvais

Un rien peut rendre la vie belle

Mais ce rien, on ne me l'a pas demandé

 

On m'a dit qu'un ange errait tout seul

Un ange, c'est étrange, fort et fragile

La vie est double et ça a de la gueule

Pour rendre l'espoir, il suffit d'un rien subtil

 

On m'a dit qu'un ange était étendu

Est-il sincère, est-il blessé ?

Un ange, ça fait semblant d'être nu

Pour vous appeler, pour vous parler

 

Quand il est là, il vous bouffe de l'énergie

On s'essouffle, mais quel avantage !

Et quand enfin il s'enfuit, on se dit

Déjà la fin, ah, quel dommage !

 

J'en ai trop vu de ces anges dans le besoin

Je regrette de ne pas avoir toutes les solutions

Et ça vole, ça piaille dans tous les coins

C'est plus le paradis, c'est une volière, une prison

 

Et je reste le coeur plein et les mains vides

Quand l'intérêt des anges n'est pas d'être aimé

Ils n'ont plus de repères dans leur vie acide

Le peu que je peux faire, c'est une graine semée

 

En attendant, je rêve d'un autre rêve

Mais quand j'en vois un, je sors mon fusil

J'en ai marre des rediffusions sans trêves

Et je me chante encore "Interdit !"

 

Mais demain, qui sait, le blé sera levé

Une idée prend le temps de faire son chemin

Quand on sème, il faut attendre l'été

Quand on sème, il faut remettre à deux mains

 

Qui se tendent les clés des cages chiantes

Patience, pas de quoi devenir serial killer !

Un jour et malgré les amours absentes

Quelqu'un verra ce que j'ai dans le coeur...

Par daniel - Publié dans : oyats
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Mercredi 26 avril 2006
Le 15, rue des Gobelins (1997-2002, j'occupais une petite maison dans la cour intérieure)   et     LE COMMERLY, 22, rue Le Brun, Paris 13 (Le Commerly a fermé en octobre 2003. Il fait partie des lieux les plus "forts" de ma petite vie. Et j'ai habité 2 ans au troisième étage, la toute dernière fenêtre à droite)
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Mercredi 26 avril 2006

S. SAIT FAIRE !    Daniel - mercredi 26 avril 2006 (pour S., bien sûr... C'est un de mes visiteurs qui m'a donné l'idée de cette chanson, à partir d'un seul mot : "kikoo"). 

 

Si mon tour était venu

Si mon coeur avait parlé

Je ne me serais pas déçu

Avec un conte mal commencé

 

A chaque fois qu'on se sépare

On se fait la gueule et du silence

Et à chaque nouveau départ

On croit qu'il y a des différences

 

Mais c'est toujours la même copie

Avec une mauvaise orthographe

Et ses fautes de sens unique

Qui s'écrit comme une épitaphe !

 

Mais c'est toujours le même doute

Et ce sont les mêmes rengaines

Les mêmes trous qui minent la route

Et qui me font de la peine !

 

Si mon tour ne revient pas

Si mon tour se fait attendre

Je rappelle ce gars-là

Pour rappeler que je suis tendre

 

Car maintenant, je suis moderne

On m'a offert un portable

On se jette des "kikoo" un peu ternes

Comme une nappe sur la table

 

Avec l'envie de remettre le couvert

Mais ce ne serait pas raisonnable

L'amour sans fil nous lie comme le fer

Il nous fait croire qu'on en est capable !

 

Mais c'est toujours le même vide

Qui reste à la fin du crédit

L'écran se fige, noir et placide

Il fait forfait de nos envies !

 

Si mon coeur a bien souffert

Si mon âme est en repos

Par surprise, S. sait faire !

Il me revient sur le dos

 

On ne se quittera pas vraiment

Je s'rai  toujours un peu là

C'est un amour fort comme le vent

Mais qui emporte le plus sage des toits

 

Mais je n'aurais pas échangé

Cette histoire pleine de mystères

Si mon âme a décroché

Mon répondeur lui est ouvert...

 

Car... S. sait faire ! S. sait faire-reu ! !

Par daniel - Publié dans : oyats
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Lundi 24 avril 2006

Tout a commencé le 9 septembre 1984. Jour de la Saint-Alain. Et il s'appelait justement Alain.

J'avais 16 ans et demi, lui 18 et demi. Nous allions marcher ensemble vers le bac G2 (gestion, droit, économie). C'était le jour de la rentrée au lycée Van Gogh à Ermont, établissement bien coté et porté par son proviseur, madame Rohan. Elle attendait les retardataires sur le perron avec son air qui ne rigolait pas, autant les profs que les élèves. On m'a dit qu'elle nous avait quittés. Donc : Hommage.

Je me suis trouvé assis à côté de ce garçon que je trouvais beau et mystérieux. Il n'était peut-être ni l'un ni l'autre, mais il m'avait émerveilé. On s'entendait bien, on se ressemblait un peu, parfois...

Jusque là, j'avais traversé l'enfance et l'adolescence comme dans une sorte de brouillard. Dans ma famille, on ne parlait pas. De rien. Et surtout pas de ce qui travaillait l'esprit. Mes parents doivent bien se douter de quelque chose, mais tant qu'on n'en parle pas, les choses n'existent pas. Donc, j'avais l'impression de ne pas exister non plus...

Avec Alain, mon imagination s'est emballée. Je rêvais que je pouvais l'aimer, que nous serions proches et complices pour la vie, qu'il serait une sorte de modèle, de grand frère affectueux... Avec lui est née cette manie de construire des scénarios les plus idéalisés, les plus exagérés, les plus contradictoires aussi. Il a donné un vrai sens à mes déprimes, un objet, quelque chose de tangible et important pour justifier mon mal de vivre. Une habitude dangereuse, maintes fois reproduite, qui m'a sûrement gâché des joies et des occasions, mais qui m'a permis aussi de survivre et de me supporter.

(Le 28 avril 1992, dans la Forêt Enchantée, tout a failli s'arrêter. Ce jour-là, j'ai manqué d'imagination. Je me suis réveillé 2 jours plus tard à l'hôpital d'Eaubonne, à cause d'un type qui promenait son chien... Le lendemain, j'écrivais déjà une nouvelle chanson. J'étais sauvé. Avec mes parents, ça s'est très bien passé : on n'en a pas parlé.)

Alain avait fini par comprendre ce qui n'allait pas, ce qu'il avait déclenché. Il m'a pris pour un fou et je le devenais vraiment... Je lui dois cette folie presque confortable, qui me rassure parce que je la connais bien. Pendant des années après le bac, j'ai rusé pour garder de très rares contacts avec lui, juste pour me régaler de le revoir, savoir s'il allait bien, s'il était heureux et tenter de vérifier comment, avec le recul, il me jugeait. En février 96, après avoir fait semblant de le croiser "par hasard", il m'a invité chez lui pour fêter ses... Fiançailles. C'était étrange. Nous étions une petite dizaine et j'avais le sentiment de faire enfin partie de son "élite", autrefois tant jalousée...

Les années précédentes, j'avais déjà vécu des expériences fortes, que je ne pouvais partager avec Alain, mais qui me décomplexaient en face de lui. La très belle année 95 passée avec Gilles, et en 94, j'avais suivi Claude jusqu'à Belfast... Claude faisait partie de ma nouvelle tribu, celle des Hommes des Bois. L'idée m'est venue ensuite de faire de notre lieu de drague forestier un monde de légendes fantastiques, d'où la Forêt Enchantée (je réexplique pour mes amis hétéros, qui ont pourtant lu les folles aventures de Sainte Radegonde).

Au petit matin, Alain m'a déposé devant chez moi. En regardant la Clio marron tourner à gauche au bout de la rue vide, j'eus un sourire amer. Je compris que je ne reverrai jamais Alain. Je n'en avais plus besoin, le rêve avait le tour complet sur lui-même, et "le temps dessèche ce qu'il inonde", comme dit Véronique. La plus belle histoire de ma vie n'a donc jamais commencé. Il a fallu attendre encore un peu et m'occuper à construire le monde confus et démesuré que j'habite aujourd'hui.

Alors, je suis toujours fasciné par les expériences, douces ou douloureuses, des gens plus jeunes que moi, ceux que je connais, ceux qui me sont tombés dessus et ont partagé ma vie alors que ça m'effrayait (S. en sait quelque chose !), ceux que j'ai envie d'aider à y voir clair parce qu'ils ont plus besoin d'un coup de pouce que d'un coup de queue, ceux que je vois tristes ou gais dans les bars, ceux que j'espionne sur les blogs... C'est parfois beau et rassurant.

Non, je ne vais pas vous jouer les violons et faire couler le sucre jusqu'à la nausée, comme dans "La Petite Maison dans la Prairie". Je dis juste que c'est parfois beau et rassurant. Et que l'énorme étendue des possibles réserve aussi de bonnes surprises, que j'aime voir de loin .

Et donc, je rêve encore de revenir en 1984, quand j'aurais pu dire "je t'aime", même si ces mots devaient s'écraser contre un mur.

C'est le 7 avril 2000 que S. a surgi sans trop me laisser le choix. J'ai été un peu bloqué, mais j'y suis allé quand même. Ensuite, quand on s'est vu moins souvent, les choses ont été plus simples. Entre autres, je me souviens d'une arrivée à Berck, dans notre chambre d'hôtel. On a bondi sur le lit pendant que nos bagages, jetés dans un coin, se lamentaient : "Ben et nous ? Qui s'occupe de nous ?"...

Ah... Revenir en 1984. Et VIVRE enfin, sans avoir perdu tout ce temps, vivre contre une famille conformiste et muette, contre ce moi trop naïf et sauvage... L'imagination a compensé les manques et finalement, je ne m'en plains pas. 

Le 9 septembre 1984 est un peu une date historique. Mais j'étais le seul à le savoir (il faut dire aussi que je suis le seul que ça intéresse...).

Daniel

 

P.S. : Petite conversation le 17 décembre 1989, dans une soirée du MAG, ma première sortie nocturne à Paris, avec un garçon qui voulait m'inviter chez lui, rue Aubriot :

"Tu t'appelles comment ?

- Daniel.

- Moi, c'est Alain.

- Ah oui ?... C'est normal. Ca devait arriver."

"Alain... Je t'aime". A partir de cette période-là, j'ai commencé à croire que mes scénarios pouvaient se réaliser... Et la suite dépend uniquement de ce que l'on sait en faire. Moi, j'ai eu malheureusement besoin d'écrire le même film plusieurs fois ! C'est comme les "James Bond" : c'est toujours le même film, mais avec des interprètes différents... Et il en reste de bien belles musiques, que j'aime réécouter.

lundi 24 avril 2006

Par daniel - Publié dans : oyats
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Samedi 22 avril 2006

CETTE HISTOIRE, CE N'EST PAS LA MEME - Daniel - mercredi 19 avril 2000 - pour Simon (à peu près sur l'air de "Attendez que ma joie revienne", de Barbara)

Cette histoire, ce n'est pas la même,

L'autre m'avait laissé vidé

De toute envie, des tendres peines

Qui m'ont fait croire que j'existais ;

 

Cette histoire, ce n'est pas la même

Et je n'avais pas préparé

La musique d'un nouveau thème

Pour ce film qui a commencé ;

 

Je retrouve le goût d'alors,

Des impatiences enamourées,

Et la joie de trépigner

En attente du jour qui vaut de l'or ;

 

Cette histoire, ce n'est pas la même,

J'en conviens, mais c'est tout comme ;

Au fond, le dernier que l'on aime

Y gagne d'être plus sûr de son homme ;

 

Cette histoire-là me rappelle

Forcément les beaux jours enfuis ;

A faire le tri des étincelles, 

On sait quelles erreurs sont bannies ;

 

J'ai dû relire, les invoquer,

Les traces de ce passé chéri

Que j'ai gardées, bien protégées,

C'est le musée de ma petite vie ;

 

Cette histoire, ce n'est pas la même,

Et j'en suis sûr, car tu es là ;

Tu demandes "où cela nous mène ?"

Je veux le découvrir pas à pas ; 

 

Et j'imagine te dire "je t'aime",

Car je t'adore, mais attendons ;

Si mon envie se retient par raison...

N'aie crainte, cette histoire, c'est bien la tienne...

Par daniel - Publié dans : oyats
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Vendredi 21 avril 2006

Le Déberckement - Daniel - 21-04-2006

 

Dans ce si beau pays de sable

Où je viens quand j'en suis capable

C'est le soleil pâle des hivers

Qui fait fondre les petites misères 

 

C'est l'eau, le vent, c'est le bonheur

Qui font partir les rancoeurs

Je me sens déjà moins minable

Dans mon si beau pays de sable

 

Dans ce si beau pays de sable

Du haut des dunes aux joies coupables

On peut voir la mer s'agiter

A travers les oyats couchés

 

J'y ai laissé des sentiments

Des jouets et des courts amants

Je peux tout mettre sur la table

Dans mon si beau pays de sable.

 

En revenant de mes stages adorés

Trop brefs comme un CDD

J'éprouve un vertige horizontal

Paris est grand et infernal

La foule est soudain trop dense

Le prochain départ sera... Une récompense

 

Dans ce si beau pays de sable

J'enfouis mes peurs, mes vies instables

Je fais rouler au son des violons

Dans les vagues, les peines pour de bon

 

Roulent encore dans la mer

Les toutes dernières chimères

Le courant les ramènera

Ou d'autres, ça y ressemblera.

 

J'y vais toujours pour m'enivrer

De mondes étranges à inventer

Des mondes qui changent à volonté

Ces ombres qui mangent ma liberté

Et si je ne veux plus grandir

Je n'ai qu'à... Y revenir...

 

Dans ce si beau pays de sable

J'ai tant de moments incroyables

Vous ne pourrez pas interpréter

Cette folie, le bien qu'elle me fait

 

Je suis, je crois, loin du réel

Laissez-moi cette vie si belle

Pour moi, tout est imaginable...

Dans mon si beau pays de sable. 

Par daniel - Publié dans : oyats
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Vendredi 21 avril 2006

Si j'étais amoureux - Daniel - 17-12-1989 (à chanter façon Jacques Brel)

 

Si j'étais amoureux

Je ferais des folies

Je te rendrais heureux

Sans demander... Ton avis

 

Si j'étais amoureux

Je serais trop présent

De peur que nous deux

Ce ne soit qu'un moment

 

Rien ne serait impossible en principe

Tous les défis seraient presque anodins

Jusqu'au jour où le réel jouerait contre l'équipe

Et rendrait visible le vide de mes mains

 

Mais quand même, je pourrais te donner

Tant et plus que tu ne peux imaginer

 

Mais je ne suis pas amoureux

Et on ne sera jamais deux...

 

Si j'étais amoureux

Je voudrais t'envoyer

Tous les biens, tous les voeux

Qui te feront avancer

 

Je voudrais te donner

Avant qu'on ne me les vole

Les bénéfices, les bontés

De façon... Bénévole...

 

Rien ne serait impossible dans le temps

Mais l'espace, lui, a ses limites

Je cherche une place dans tes sentiments

Mais déjà mes illusions me quittent

 

Mais quand même, je pourrais te donner

Tout ce que je peux pour toi deviner

 

Mais je ne suis pas amoureux

Et on ne se verra jamais deux

 

Si j'étais amoureux

Je ne te dirais pas "je t'aime"

Puisqu'ailleurs tes yeux

Ont tourné leur poème...

 

Si j'étais amoureux

Je te laisserais partir

Et je garderais de nous deux...

De ce rien... Le souvcenir... 

Par daniel - Publié dans : oyats
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Vendredi 21 avril 2006

Le dernier grand voyage de la Galère Spatiale - Daniel - 19 avril 2006

 

Voilà, les bagages sont dans la soute

Suis prêt à partir vers d'autres mondes

Vers une autre étoile, quelle longue route

Vers des aubes moins pâles, des cieux qui grondent

 

Voilà, les dommages sont réparés

Du moins, je l'espère, avant ce départ

J'en ai marre de rêver, il faut y aller

Des années-lumières nous séparent

 

Voilà, c'est réglé, la fin est là

Je ne cherche plus l'or, il est trop loin

Je ne cherche plus l'or, car c'est ma loi

Je n'aurai mérité que l'étain

 

Voilà... C'est terminé, les retours

Les illusions défaites, les regrets

Les pauvres joies qui me servent d'amour

Les planches de salut qui sont sciées

 

Voilà, on peut dire que c'est normal

Ce voyage de la Galère Spatiale

Autour des étoiles les plus spéciales

Sans orbite possible, qui brûlent et font mal...

 

Voilà... Les bagages sont dans la soute

Mon vaisseau s'en ira hors de vue

Dans ce vide noir plus beau que mes doutes

Loin des chaleurs que j'ai trahies ou m'ont déçu

 

Voilà, finies les étoiles filantes

Quelle erreur veut-on que je commette ?

Un monde tout neuf vaut-il qu'on le tente ?

Il faut mériter ce que l'on guette

 

Voilà, le décollage est sans douceur

Pour les quelques milliards de parsecs

Avant que d'atteindre les derniers leurres

Le voyage a comme un goût d'échec

 

Voilà... La Galère est en partance

Je frôlerai les planètes aux anneaux

Sans m'y accrocher, comme par défiance

La glace et la poussière... Je les verrai d'en haut ! 

Par daniel - Publié dans : oyats
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Lundi 10 avril 2006

* Voici un petit bout de mythologie grecque méconnu. Réalisé en juillet 2000 et tout en alexandrins qui riment, ce conte explore un épisode de la lutte contre l'homophobie qui devrait être cité en exemple.

 

LE PORTIQUE

 

1

 

Quelques minutes suffiront à lancer ce récit,

Vous pourrez nous en croire, si le coeur vous en dit.

 

C'est là l'histoire de deux héros grecs méconnus :

Il arriva qu'une cité libre et ingénue

Se vit la proie d'une horde austère, conquérante,

Animée par une barbarie intolérante ;

 

Cette horde débarqua au Ponant rougeoyant,

Ravagea les délices, comme la moisson des champs,

Laissant derrière elle stupeur et résignation ;

 

La vie changea, l'exquis devint vices, les passions,

L'amour nu sous les arbres et dans les granges ouvertes,

Le désir même furent victimes de cette conquête.

 

Les murailles de la cité tremblèrent tout un mois

De l'approche méthodique de la cynique loi ;

Le peuple en pleurs occupa l'Agora ultime

Où pouvait encore se défendre le règne intime.

 

Mâles et angéliques, pâtres et flûtiaux, comédiens,

Artisans et patriciens inquiets pour leur bien,

Tous mendiaient des magistrats, indécis archontes,

Un recours pour gagner le refus de la honte.

 

La cité, jugée décadente par ses voisines

Qui riaient de ses hommes aux ardeurs féminines,

Où on ne vit nulle improbable Pénélope

Découdre au matin le tissu des nuits salopes,

 

La cité donc, payait sa permissivité,

La cambrure alanguie des éphèbes maniérés,

La licence de son peuple trop libre, vivant nu,

Corps et âme, confiant dans son idée des vertus.

 

2

 

Il vint un soir que l'Archonte Poussikath 

Eut une illumination, aux Thermes, couché sur les lattes,

Massé par les mains expertes du garçon de bain,

Au pagne parfumé d'huile d'olive et de jasmin.

 

Poussikath tordit le cou, car le beau garçon

Travaillait les augustes lombaires par dures pressions ;

Il ahana, son menton choquant par à-coups

Le sapin humide de la table louée mille sous

(Car il était fort riche, comme tous les magistrats !)

Et à l'étalon habile, suant, il lança :

 

POUSSIKATH

 

"O jeune Pouffias ! Tes mains sont le plus doux des miels,

Sous elles, ma peau usée se fait tendre et femelle !

Des mains comme les tiennes sont un sort majestueux

Qui transmute la laideur et durillons douloureux

En mirage onirique et soyeux, laisse-moi dire,

Elles inondent ma sécheresse et enchantent mon vieux cuir !

 

POUFFIAS

 

(Pouffias sourit) Bien heureux, Seigneur Archonte,

De vous procurer ces plaisirs, car le prix monte !

Ca fait trois heures de rang, Seigneur, que je m'éreinte

Et de la file d'attente, j'entends monter des plaintes !"

 

Mais Poussikath ne répondit pas, déjà loin,

Il songeait, comblé par ces vigoureuses mains.

 

Or, il arriva, était-ce la loi des séries ?

Au même instant, au Gymnase de la Pythie,

(Curieux nom pour un lieu de discours, d'exercice,

Où les adultes formaient les jeunes à leur service)

 

Il arriva, donc, que le glabre et indifférent

Katapigone, errant toujours silencieusement,

Heurta au détour d'un grand buste d'Héraklès

La plus gracieuse créature, le plus tendre faciès,

 

Que le vieux misanthrope, qui plaçait très haut la barre,

N'eût encore jamais étudié de son regard.

 

Comment d'ailleurs une telle munificence exaltée

Avait-elle pu survivre environ dix-huit années

Sans rencontrer jamais le cheminement grave

Du vieux sage qui seul sur les êtres divins bave ?

 

KATAPIGONE

 

"Qui es-tu ?" Demanda-t-il, réellement véxé

Par cette apparition nullement envisagée ;

 

AMNESIAQUE

 

(Le fin godelureau le toisa d'un oeil clair)

"Demande-moi d'abord pardon, vieil homme, je préfère,

 Car tu m'as poussé avec le péché d'être fier,

Comme si, sous tes sandales, je n'étais que poussière !

Mais soit ! Amnésiaque est mon nom, je le tiens

De ma mère boulangère, mais il n'y a aucun lien."

 

Katapigone était-il trop las de ce jour ?

Abruti de soleil, ou par un long parcours ?

Il ne dit rien sur l'insolence du garnement,

Ebloui par sa magie d'être luminescent.

 

Il répéta seulement ce nom, à peine perçu

Dans la brume scintillante de son émoi venu.

 

Le bel Amnésiaque fit le tour du buste, en rond,

Le Maître pivota comme Phoebe suit pour de bon

La Terre dans sa course dans le firmament obscur,

Subjugué par le feu jailli de cette aventure.

 

AMNESIAQUE

 

"Tu veux ma photo ?" Ricana l'adolescent,

Teigne gracile, petit merdeux au charme indolent.

 

KATAPIGONE

 

"C'est bien de ta lumière qu'il s'agit, O joie !

Laisse-moi tomber à tes genoux, là, devant toi !"

 

Et le Maître chut devant la nudité brandie ;

Le bel Amnésiaque, soudain effrayé, se méprit ;

Et il s'enfuit en courant entre les colonnes,

Laissant derrière lui, médusé, Katapigone.

 

KATAPIGONE

 

"Non ! Clama le Maître, mon désir est des plus sages !"

 

Pendant qu'un soldat de la moitié de son âge

Sortait à son tour de l'arrière de la statue blanche,

Souriant, en rajustant son pagne sur les hanches.

 

Il dit au Maître contrit, clignant de son oeil doux :

 

LE SOLDAT

 

"Dommage pour toi qu'il ait fui... C'était un bon coup !"

 

3

 

L'histoire aurait pu en rester là, sans faute,

Comme il advient des fugaces rencontres d'un autre.

 

Non ?

 

Mais par chance, nous sommes sauvés, il se trouve en fait

Qu'une amitié sincère liait l'Archonte et le Maître.

 

L'Archonte Poussikath, beau parleur, vantait les mérites

De son compère pour les ambassades, les audits,

Pendant que Katapigone, fameux écrivain,

Rédigeait de savants laïus selon ses besoins.

 

Ils jouissaient de l'utilité de cette symbiose,

Servant arts et politique comme les meilleures causes ;

Leur vie publique intense et bien récompensée

Compensait, il est vrai, leurs logis désertés.

 

Car qui se découvre trop mal armé pour l'Amour

Et ne tient guère en affection, traite sans détours

Les visites qui s'incrustent sans demander l'avis,

Aime à cultiver le vide et le silence chez lui.

 

Peu d'amis, donc, pas d'amants, encore moins de femmes ;

Même les femmes de la cité se préfèrent aux charmes

De la sainte virilité courtisée ailleurs,

Ou bien chère négociée par des familles sans coeur. 

 

Hellade des contrastes et des guerres renouvelées !

Semis de cités rivales, faibles sans unité,

Tu pleures sur tes terres brûlées les douillets havres

Quand tombe la cruelle adversité qui les navre !

 

Ce poids pénible courbait les épaules des édiles

Au nombre desquels le Sage haineux du futile

Qu'était devenu avec l'âge ce Poussikath

Dont la mythologie oublia le grand acte.

 

Le soir venu, il convia son ami fidèle

Pour un dîner sous les odorantes tonnelles

De sa belle maison, si grande que l'ombre stagnait

En haut des pièces car la lumière ne s'y portait.

 

Un candélabre seul les chauffait avec les prémisses

De ce que l'Archonte voyait comme de bons auspices.

 

POUSSIKATH 

 

"Sage Katapigone, quelle peut être notre meilleure arme

Au sort qui accable notre pays baigné de larmes ?

Quelle magie imagine-t-on pouvoir par surprise

Défier et renverser cette odieuse chape grise ?

J'ai reçu ce jour le message divin de notre secours,

Vois-tu, je crois qu'en nous seuls réside le recours !

 

KATAPIGONE

 

Quelle est la teneur de ce don ? Quelle illusion

As-tu encore sur notre peuple veule si prompt,

 Sous raison d'être libre, à éviter les combats

Pour défendre justement ce qu'il a déjà ?

 

POUSSIKATH

 

Tu es amer, Katapigone, mais écoute bien :

A la force de cet ennemi extrême et malin

Nous devons opposer l'extrême de nos valeurs

Comme une avant-garde, sans inspirer de terreur.

 

Si la pureté, dont nous manquons, ni le courage

Ne suffisent à contrer la menace du carnage,

C'est de notre débauche, cet atout distinctif,

Qu'il faut presser le jus du triomphe incisif !

 

KATAPIGONE

 

Quoi ? Brandir nos moeurs dissolues comme une rapière

Pour rêver bouter la horde morale aux frontières ?

S'esclaffa Katapigone. Quel est ce miracle ? !

Avec quel démon as-tu fait ce genre de pacte ?!

 

POUSSIKATH

 

Voici mon idée : La cité va désigner

Deux héros qui vont demain les barbares défier.

Je connais un garçon typique, fort et sensuel ;

Il nous en faut un au charme vicieux et rebelle ;

 

A eux deux, ils représenteront l'âme des nôtres.

Les hideux barbares, dont la pureté sera faute,

Seront conquis par ces deux gaillards sacrifiés

Et leur déroute sera notre orgasme rêvé !"

 

Katapigone, le blasé sceptique, stupéfait,

Considéra le politique, l'oeil enfiévré,

Et murmura :

 

KATAPIGONE

 

"Je connais celui qu'il nous faut !

Mais le dessein, pour Amnésiaque, me paraît bien haut !

 

(Poussikath fut heureux de cette nouvelle fraîche,

Ravi des ressources cachées dans ce peuple qui pèche)

 

POUSSIKATH

 

Préviens ton champion, Ami, qu'il accueille son destin !

Demain, l'Assemblée lui donnera l'onction des siens !"

 

4

 

Le stress accumulé ces derniers jours de crise,

Alors que de toutes parts soufflait la maudite brise,

Poussait les citoyens, infatigables jouisseurs,

Vers les Thermes blanches pour se purger dans la moiteur.

 

Il vint tant de clients et d'ouvrage sur la planche

Que les patrons obtinrent l'ouverture du dimanche,

Avec douze jours fériés répartis en trois tiers,

En contrepartie de la salariale colère.

 

Mais le marché en hausse du tripotage des chairs

Nécessita l'entrée de forces intérimaires.

Pouffias découvrit en arrivant au boulot

Une cohorte masculine aux muscles enflés bien gros.

 

POUFFIAS

 

"Où est donc ce goût du naturel, geignit-il,

Qui fit la cité Astre des voluptés subtiles ?

Quelle froideur dans ce violent étalage de viande,

Le manque d'humour de ces culs moulés en offrande

Qui ne sont là que pour être vus, sinon gare !

A celui qui en toucherait le duvet blafard !

De mon temps, il y a trois mois, nous étions modestes,

Les caresses couraient sans que la pensée y reste..."

 

Aux vestiaires, ce n'étaient que mille compétitions.

Sur le dallage bleu, on se mirait les tétons,

En récitant force prouesses invérifiables

Qui enflaient chaque fois de manière considérable.

 

Pouffias traversa seul ce champ de vantardise

Et des yeux rieurs toisaient avec gourmandise

Les apparences bien pourvues qui arrondissaient

Le lin pourpre du délicat vêtement qu'il portait.

 

POUFFIAS

 

"Mais qui êtes-vous donc, nombreux camarades de bain ?

Demanda-t-il à un Thrace au fessier catin.

 

LE THRACE

 

Nous sommes tous tes collègues, le temps jusqu'à demain,

Que tu nous formes à ton art qui comble les Anciens.

Nous avons, c'est vrai, peu de pratique, le concret

N'étant pas notre panage, les seuls soins réservés

L'étaient à nos formes, c'est pour cela que nous fûmes

Par nos maîtres élevés en batterie comme bêtes à plumes !

 

Aujourd'hui, la cité a besoin en urgence

De tous les bras valides pour réveiller les panses,

Les ardeurs flappies de nos piètres guerriers ;

Juste au cas où à ta mission tu faillirais..." 

 

Et c'est ainsi que Pouffias, porté en héros

Par ces mains vierges, apprit que ce matin très tôt,

Ainsi qu'il était affiché à l'Agora

Devant les foules en nouvelle liesse pour le combat,

 

L'assemblée des Archontes avait voté levant mains,

Face au danger qui grossissait sur les chemins,

L'émouvant décret qu'avec un autre garçon

Il irait au soir faire la guerre à sa façon...

 

5

 

Un grand émoi agitait la pauvre Concupine,

Fidèle gouvernante des enfants d'là grosse Martine,

Qui n'était pas grecque, son mari aimant la Gaule

En avait ramené cette femme tranquille et molle.

 

Le voisinage était fort intrigué de voir

Le merveilleux produit du crapaud et du loir

Qu'était Amnésiaque, cette beauté de lait sucré

Qui en rien à ses laids parents ne ressemblait.

 

On douta même qu'il fût réellement, à sa honte,

La progéniture du vieux marchand Volviconte,

Tant l'éphèbe aux yeux verts était grâce et lumière

Entre ses riches ascendants gris comme la poussière.

 

La gouvernante en avait après lui, l'Aîné.

Son insolence, ses mensonges, valaient sa beauté.

Il se voulait jeune homme moderne, traitait de haut

La plèbe bêlante où il puisait son mâle troupeau.

 

Mais au fond du jardin, il retrouvait l'enfance,

Chipait les fruits mûrs, cassait les vases en faïence ;

Avec d'autres gosses, il jouait des jeux de leur âge,

Enseignait la levrette après léger chantage.

 

Il insultait les passants, souillait les riches soies,

Torturait les poissons du bassin, sans émoi...

 

Amnésiaque se savait beau, tant on l'a redit !

Il aimait exciter les prunelles averties

Des hommes de passage auxquels il offrait sans peur

L'accès exquis de son jeune puits de chaudes saveurs...

 

Dans ses rares moments de poésie, il jouait,

Touché par les Muses, divinement, du flageollet,

Aussi de la lyre, sous les oliviers en fleurs ;

Mais nul ne savait trouver en lui le bonheur.

 

CONCUPINE

 

"J'en ai ras la touffe, O Fils Aîné de mon Maître !

Ton caractère est de feu, de fiel tes manières !

Avec quels sauvages t'es-tu donc encore battu

Pour me revenir griffé et une sandale perdue ?!

 

AMNESIAQUE

 

O Roulure ! Lui dit Amnésiaque, passe ton chemin !

Ta proximité gêne le soleil sur le mien !

Ton ombre est de glace et ta voix aigre éclate

Le tympan de mes Muses et tu as du poil aux pattes !

 

Ma vision du Monde, quand je ne serai plus garçon,

Sera autrement plus grandiose que ton graillon !

Tu me harcèles de tes préceptes minables d'élevage

Et tu pourris mon royal destin prédit par les Mages !

Sans supposer, du bas de ton inexistence,

Vile Cassandre, la nullité de tes remontrances !

 

CONCUPINE

 

Pour l'ultime fois, O Amnésiaque, je dis froidement

D'aller au bain, ou bien c'est le fouet qui t'attend !

Une âme et un corps couverts de crasse et de sang

Ne peuvent, avec ton soleil, briller pareillement !"

 

Dominé, le petit maître dut se soumettre,

Sachant que la marâtre qui antan le fit naître

Ne plaisantait pas, car au Temple de Thespies,

Elle fouettait les les pénitents de l'Amour Fini...

 

Et elle avait de longs bras vraiment très puissants !

 

C'est alors qu'à l'huis de la maison des parents,

Cogna avec grande vigueur le poing solennel

Du messager envoyé par les officiels : 

 

LE MESSAGER

 

"Ouvrez, beaux citoyens, car un immense destin*

Appelle celui d'entre vous qui tient en ses mains

La fortune menacée de notre merveilleuse

Cité pour défendre la lubricité heureuse !

 

VOLVICONTE

 

Quel est ce discours, O Héraut si impromptu ?

Où rêves-tu tel héros avec des couilles au cul ? 

Il n'en est point en ma maison, sournois moqueur,

Dit le père derrière la porte, et c'est là mon malheur !

 

LE MESSAGER

 

Réjouis-toi, O Marchand, car s'est ton fils premier

Que l'auguste assemblée des Archontes inspirés

Vient de désigner pour monter en première ligne

Affronter l'armée ennemie qui trépigne !

 

VOLVICONTE

 

Es-tu bien sûr ? Fit le marchand interloqué.

Mon premier fils tout seul au combat envoyé ?

 

LE MESSAGER

 

Oui, O Marchand ! Ses talents sérieux pour cela

Des témoins de foi ont vanté à l'Agora !

Cet honneur pour ta lignée aura récompense !

 

VOLVICONTE

 

Soit ! S'extasia le marchand. Que la gloire s'avance

Pour lui et je vais de ce pas le Héros te ficeler !

(Et il dit en lui : Si ça pouvait le calmer !)"

 

6

 

Et par les champs et les ruelles ensoleillés,

La rumeur publique incontrôlable enflait.

 

Toute la cité sut, dès franchie la Porte du Levant,

Celle festonnée de hauts bas-reliefs figurant

Ces animaux des mers boréales éloignées,

Des phoques lascifs, les uns sur les autres prélassés,

 

Toute la cité, donc, sut que le jeune Amnésiaque,

Corps déjà serré dans une armure d'orichalque,

Coiffé d'un casque doré garni de plumes tombantes,

Viril à émouvoir la plus sèche des Tantes, 

 

Que le jeune Amnésiaque, donc, était prêt à entendre

Le serment divin qu'on allait lui faire reprendre.

 

Réellement, tout le monde était plus prêt que lui,

Car le jeune homme, balloté et abasourdi,

A y voir de plus près, ne semblait pas en vrai

Mesurer la portée de ce qui l'attendait...

 

Il voulut, la bouche temporairement dégagée

De la jugulaire du casque lourd qui l'étouffait,

Lancer un appel au secours, mais sur un signe

De Poussikath qui brandissait un cep de vigne,

Fut expirée la plus colossale des clameurs

Par huit fois quatre mille poitrines en choeur !

 

Le bel Amnésiaque, ceinturé, ovationné,

Vit au loin la foule s'ouvrir pour laisser passer

Un autre héros emplumé qu'une meute enthousiaste

Traînait vers un autel décoré avec faste.

 

Il eut peur, crut à un sacrifice, une offrande

Aux Dieux fêtards pervers, aux égéries gourmandes.

 

Emporté, il se vit soudain devant Pouffias,

Leurs regards se croisèrent au milieu de la masse.

Ils craignirent de se voir massacrés sans fredaines ;

Et le silence tomba sur toute l'étendue humaine...

 

A SUIVRE...

Par daniel - Publié dans : oyats
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Mercredi 5 avril 2006

FAUSSE ROUTE

 

(Rêver la nuit, c'est pas comme mettre un DVD dans le lecteur. On ne controle pas grand chose. Pas d'arrêt sur image, ni de retour en arrière... 3 avril 2006, 8h30-9h30)

 

Pour la troisième fois, avec l'aube de cette année,

Encore ! Un rêve étrange est entré au domaine ;

Tout était pareil, visage, couleurs exagérées,

Le sourire, l'allure et jusqu'à certains mots même ! 

 

Encore une fois, ce déclic, à ma grande stupeur,

Mais il n'y a toujours pas de rôle pour l'artiste ;

Encore une fois, il ne sera que spectateur,

Il méditera, en faisant des ronds sur la piste...

 

Encore une fois, on m'a montré une fausse route ;

Je la vois défiler, mais je ne conduis pas ;

A chaque carrefour, je m'arrête et je doute ;

Pour ne pas déranger, je dois parler tout bas.

 

Pourquoi me pousse-t-on là où je n'existe pas ?

Est-ce la folie qui monte et devient ingérable ?

La folie redoutée, maudite, que je combats

Depuis les terribles années où j'en suis capable ?

 

A quoi ça me sert de savoir qu'un éléphant va mourir,

Que l'eau grise va emporter une vie à Prague ?

Cette fois, c'est encore mieux, j'ai vu un ange sourire

Et me dire "maintenant, ça va", les yeux dans le vague...

 

Au réveil, le premier, c'est le rire, en premier,

Qui est ma réaction, c'était tellement bizarre !

Un mois plus tard, je découvre cette réalité...

Et un second réveil, qui me laisse sans espoir.

 

Exister pour quoi, pour qui, dans quel projet ?

Même la mort m'a refusé, "attends et regarde !" ;

Alors, j'ai la chance d'avoir la vie traversé

Sans autres soucis que mes angoisses ringardes.

 

Pourtant, j'ai tant à donner et ça reste là ;

Ce retour des choses a un goût de Déjà-vu ;

Le vide se creuse et gaspille le désir, les joies ;

Ma vie à donner, vite, avant qu'il n'y en ai plus !

 

La fausse route est bordée d'arbres identiques ;

L'équilibre tient à peu de choses, la voie est mince ;

Il va encore falloir faire preuve d'esprit pratique

Pour voir de loin cette folie aux rouages qui grincent.

 

La fausse route est toujours la même, je la connais,

Je sais lire les panneaux, je maîtrise les croisements ;

Courir et renoncer, c'est le code qu'elle admet...

Et j'attends de rêver au prochain stationnement...

 

 

 

 

 

 

 

Par daniel - Publié dans : oyats
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