LIVRE 2 : SAINTE-RADEGONDE DE SAINT-PRY ET LA DILIGENCE DE CERGY-PONTOISE (Les Oyats, septembre 2003)
Résumé de l'épisode précédent :
Radegonde, jeune reine un peu cruche, avait rêvé de secouer son mari, le roi Réginar d'Eléborance, qui se faisait chaque année plumer au jeu par le roi Flaive de Casteigne. Avec la
complicité du Gland Magique et du Chevalier de Cailleuse, pourtant pédé comme deux phoques et demi, elle fait croire au roi qu'elle le trompe. Las ! Le comte de Bosc, un conseiller de Réginar qui
veut usurper la couronne avec le soutien de la Casteigne, a la même idée et tout part très vite en couille : Réginar déclare la guerre, Cailleuse la gagne puis est banni, le roi de Casteigne le
fait tuer car il est un témoin gênant, Radegonde est répudiée et doit fuir dans la forêt pour sauver sa vie, le Gland Magique se fait bouffer par les écureuils et tout rentre enfin dans
l'ordre. Sadomazzo, la fée du sous-bois vétérante riche de 212 annuités, protège la reine de ses poursuivants en la transformant en fontaine, puis elle oublie la formule de retour à la vie
d'os et de chair... Et les choses en restent là pour trèèès longtemps...
LE MENESTREL
Bonjour, mes petits amis des bois !
Nous avions laissé en grand désarroi
La reine Radegonde traquée par son époux de roi
Et transformée en fontaine de granit froid.
Par une maladresse de la magicienne soillicitée,
Le charme se fixa sur elle pour l'éternité ;
La discrète fontaine pleura en silence
Durant le long ballet des saisons qui dansent
Et se courent après dans l'épaisseur de cette nature
Préservée jusqu'à ce jour des promotteurs à la dent dure.
Et nous voilà transportés en ces jours qui nous regardent,
Où les chevaux sont de fer et pétaradent
Sur des routes lisses balisées de villes gourmandes
Qui encerclent la forêt d'une bétonneuse bande.
Les antiques terres de Casteigne et d'Eléborance
Sont aujourd'hui sillonnées de larges allées en tous sens ;
Les collines sont envahies par mille centaures à roulettes,
Mille moutards hurleurs et encore mille mémères en survêt'...
Et on dit même que certains buissons stratégiques
Abritent des loisirs mâles et lubriques !
Mais je ne vous apprendrai rien là dessus,
En particulier vous deux, là, qu'hier en action j'ai vus...
Par un tiède matin de septembre, à l'heure délectable
Où les chiards sont retenus à l'école devant leur table,
Un homme légèrement vêtu d'un short bleu
Et d'un maillot rose dédié au culte de Karambeu,
Courait à petites foulées paresseuses dans la forêt,
Méprisant les chevreuils qu'il dérangeait.
Les sens instruits par le soudain appel de sa vessie,
Il s'écarta du chemin pour chercher un abri
Et accomplir la magie chimique de son corps
Déjà lesté à cette heure de trois bières qui ne passaient pas par les pores...
Alourdi de saine fatigue et nonchalant,
Notre homme se planta droit debout sur le bord glissant
Du petit bassin clapotant de la fontaine
Alimenté par une eau ckaire et sereine.
D'une main moite, il baissa la barrière de tissu
Qui contenait un bel appareil gorgé de jus.
Ses jambes nues luisaient au soleil généreux
Et l'éclat du jour baignait ce qu'il lui restait de pâles cheveux.
Un scintillement brusque déchira l'ombre calme
Qui couvrait seulement le petit amalgame
De pierre moussues auquel jamais on n'avait fait
Pariel affront que cet éclaboussement précipité !
L'Homme au regard portant bas
Sur le jeu d'eau que le bassin lui montra,
Sentit monter dans son échine en sueur
Comme un suave soulagement, un petit bonheur.
Et il eut la primeur, tandis qu'il pissait,
De voir qu'une sorte de brume s'élevait...
Déconcerté et craintif, l'homme feram les yeux,
Alors que la nuée acide entourait ce lieu ;
Cette aventure ne fut l'affaire que de dix secondes
Et l'homme arrosait toujours la fontaine Sainte-Radegonde,
Quand, toussant et rouvrant les yeux dans cette vapeur,
Il découvrit à genoux dans l'herbe fastueuse...
Trois jeunes femmes nimbées de lumière glorieuse !
Le souffle coupé et les pupilles élargies,
Il ne contrôlait plus le débit de sa vessie ;
La femme du milieu, la plus voilée d'or fin,
Leva le bras et dit avec un sourire divin :
"Holà, Casteignan ! Tu peux à présent cesser ta magie
Et couvrir le bel engin qui nous a rendues à la vie !"
L'homme, tétanisé, ne put que répondre : "....Aaaaah !..."
1 - RENCONTRE AVCE LE MAGE ROLAND
RADEGONDE
Merci à toi, O Mage Dévêtu !
Sois remercié par les Elfes de tes vertus !
Sans doute es-tu un de ces timides ascètes
Du royaume de Flaive, QUE LA PESTE SOIT SUR SA TETE !!!
Qui errent en silence dans le sous-bois
Et maudissent la société en brandissant le majeur comme ça,
Et méditent avec moulte concentration la tête en bas, les pieds en fanal,
Pour puiser au contact des arbres leur énergie vitale ?
- ...Hein ?... Je... Excusez-moi, mais...
RADEGONDE
Sois remercié, héros aux couleurs mal assorties,
Je suis la reine Radegonde d'Eléborance, par son roi bannie !
Nous te serons éternellement reconnaissantes
De ton génie salvateur qui nous sort de cette tourmente !
Tu as accompli avec sagesse le divin geste !
Tu dois être le plus grand des sorciers parmi ceux qui restent !
- ...Hien ?...
RADEGONDE
Permets
que je te présente les fidèles dames de compagnie de Radegonde :
Voici Branlettibéria la brune et blennorasia la bonde.
C'est pas difficile.
- ...Euhhh... Sssssalut les filles !... Bon... Bin, moi, je vais vous laisser... Excusez-moi encore pour... Oh là là...
RADEGONDE
Attends ! Ne pars pas ! Il me vient le sentiment inné
Que dans l'autre sens le fluide peut transiter !
- ??!!... Ca m'étonneraitr bien...
RADEGONDE
Je dois pour cela, Magicien habile,
Te donner le baiser du merci servile.
Moi, reine et fille de reine, victime du sort malin,
Permets que je baise une de tes mains !
- Oh, c'est pas nécessaire !... (elle le fait)... Oooh !! Gasp !!... (il est pris de frissons)
RADEGONDE
Voilà ! Le prodige fait son lit !
Et je te reste redevable de ma vie .
- Aaaahhh... Je me sens bizarre... Glarf... Qu'est-ce que vous m'avez fait ?!...
RADEGONDE
C'est le fluide ensorceleur des glandsn magiques, Magicien,
Qui glougloute entre tes reins.
Quel est ton nom, O Sauveur Sylvestre ?
A qui devons-nous de redevenir des Etres ?
- Je... M'appelle... Roland Duchêne, m'dame... Blourp !
RADEGONDE (à ses servantes)
Roland Duchêne ? Cela est étrange...
C'est un gland de chêne qui devait être l'Ange...
BRANLETTIBERIA
Se peut-il que nous devions le retour à l'humaine constitution
A une banale erreur de transmission ?
- ...Beuhhh... Je me sens vraiment pas bien, là...
RADEGONDE
Le fluide onirique emplit tes veines,
O Mage Roland, avec tous les bienfaits qu'il amène !
- Je ne suis ppp... Pas un mage ! Je conduis un taxiiiihhhh...
BLENNORASIA
La vie en solitaire au grand air l'a un tantinet esquinté !
ROLAND
AAAH !! Et ça, qu'est-ce que c'est ?... Oooohhh...
RADEGONDE
C'est ton nom, que tu es benêt !
Il annonce avec un saut de ligne et un lettrage approprié
Que tu vas à l'intention des autres t'exprimer !
ROLAND
C'est que... Hhhhh... Je ne suis guère familier de ces façons !
De coutume, les mots viennent seuls de ma tête de con !
Ooohh...
BLENNORASIA
Ah, oui, la logique des rimes est implaccable, ou parfois sage !
Mais tu sauras vite la maîtriser et faire passer de juste messages !
BRANLETTIBERIA
Majesté, il ne faut pas traîner céans !
L'ennemi rôde, ce n'est point prudent !
RADEGONDE
Juste ! Conduis-nous, Mage Roland, en lieu de sûreté,
Que nous puissions en paix la vie adorer !
ROLAND
Quoi ?... Gggff... Je n'entends rien à vos paroles ! Bbrr...
...Je... AAAHH !! L'AMERTUME DES SOUPES DE RAVES REMPLIT MON BOL !!
BLENNORASIA
Il ne tient vraiment pas le choc, nous le voyons bien !
Je commence à douter qu'il soit magicien !
ROLAND
LA TRIFOUILLURE DE CETTE PROSE REDHIBITOIRE
FAIT RRRRIGOLER LE MENHIR QUI NE SAURAIT DECHOIR !!
RADEGONDE
Il défaille ! ! Retenez-le, Mes damoiselles !!
Couchez-le sous cet orme qui fera ombrelle !
ROLAND
Aaaahhh.... La torture que m'impose cette histoire...
Fait se calmer... Mon ire bien dérisoire... Hhh...
RADEGONDE
On y est presque ! Ca va mieux ?
Ne ressens point de colère, sois heureux !
La bénédiction de la Forêt Enchantée
Va marquer de sagesse toute ta destinée !
Ne refuse point ce cadeau auquel tu as droit,
Car tu aurais bien plus que Réginar le mérite d'être roi !
ROLAND
Mais puisque je vous dis... Que je suis chauffeur...
D'une Mercédès bleue munie d'un compteur... Hhhh...
BRANLETTIBERIA
Cette Mercédès doit être une rien ibère...
L'étranger est venu de fort loin accomplir son mystère...
RADEGONDE
Partons, à présent, ô Mage Roland, fuyons Casteigne et Eléborance !
Nous suivrons tes pas avec révérence !
Guide-nous loin de ce royaume hostile,
Au delà du Mont d'Ombre et des terres arides
De la Chicaille de Montaugland, place maudite,
Qui vit jadis la chevalerie d'Enculiandre déconfite
Par les hordes putrides et non-voyantes
Des taupes ensorcelées du Mage Grosstante !
ROLAND
Aaaah !!
Je ne saisis point le sens de ce babillage !
D'où sortent tous ces machins et ces mages ? !
Que me veulent ces trois nanas qui me toisent ?!
Il n'y a rien de tel ici, dans le Val d'OIse !!
2 - LES DAMES D'ELEBORANCE DECOUVRENT QUE LE MONDE A BIEN CHANGE EN LEUR ABSENCE...
LE MENESTREL
Pris de panique, notre pauvre plébéien se mit à courir éperdument.
Un instant interrogatives, les dames empoignèrent robes et volants
Et se lancèrent à sa suite, avec un souffle plus régulier que lui, leur idole,
Habituées qu'elles étaient à une vie saine et sans cholestérol.
De rares curieux contemplèrent en riant ce curieux équipage,
Ces trois belles cariatides poursuivant le faux mage,
Lequel tournait de temps à autres la tête pour s'assurer,
En vain, que le cauchemar ait pu être distancé...
Finalement, ils arrivèrent tous ensemble au parking de gravillons poussiéreux ;
Les dames s'extasièrent à l'encan sur la beauté du cahr aux larges pneus
Qui était celui de Roland et qu'elles baptisèrent "futuriste diligence",
Pensant côtoyer un nouveau style de carosse non breveté en Eléborance.
Rien ne sembla étonner outre mesure les trois touristes conciliantes
Lorsque Roland amorça de Saint-Leu la périlleuse descente.
Le nez collé aux vitres, elles commentèrent avec passion
La traversée de cette cossue banlieue jusqu'à Ermont,
avant la découverte ébouriffante, lancées à la vitesse cumulée de cent gerboises,
De la longue autoroute jusqu'à Cergy-Pontoise...
Il y parvinrent au milieu d'une intense circulation, dans cette cité démesurée
Qui les fit s'interroger sur le temps réellement écoulé...
BLENNORASIA
Que cette ville toute en cubes verts et jaunes est donc moche, Votre Majesté !
Oncques ne vit pareil fatras de mauvais goût assemblé !
ROLAND
Mais c'est ici que j'habite
Et... Mmmff...
RADEGONDE
Oui, vas-y... Et la rime ?
ROLAND
Gggg... Blrrcc... 'peux pas...
BRANLETTIBERIA
Voyez-vous ce monument à la fine et faîtale guérite ?
Il vient de tinter ce qui me paraît être midi
Et me rappelle que je suis fort mise en appétit !
RADEGONDE
Nous allons au logis de notre ami nous rassasier,
En compagnie de la dame que nous pourrons féliciter
D'avoir été choisie par ce coeur vaillant et pur
Devant qui les autres chars, qu'il nomme "voitures",
S'inclinent et livrent passage, comme soumis,
Lorsqu'il survient et que le rouge est mis !
BLENNORASIA
Bien sûr, car le rouge est la couleur de l'amour !
Ce joli code de couleurs vaut bien les plus romantiques atours !
Cette place populeuse me paraît fort ordonnée
Et si vaste, mais cette odeur m'agresse le nez !
ROLAND
C'est celle du carburant que je consume de façon banale
Et que, depuis "l'Erika", je n'achète plus chez Total !
Ah ! Voici mon fief, je veux dire ma maison !
Et je discerne déjà Martine sur le perron !
Ils descendent de voiture et les dames font la réverence devant Madame Duchêne, en blouise à carreaux et pantoufles, un outil de jardinage à la main)
RADEGONDE
Je te rends hommage, ô Noble Martine respectée,
Epouse fidèle de ce prince et aussi mal fringuée !
- ?... Roland ?... C'est quoi ce cirque ?...
ROLAND
HA ! HA ! HA ! Je crois que tu vas bien rire, ma chérie,
Quand je t'aurai expliqué avec soin cette surprise de la vie !
- Tu as bu ou quoi ?
ROLAND
Juste le breuvage fade et clair de ma gourde !
Mais je sens monter en toi une colère sourde...
Figure-toi, Ha ! Ha ! Ha ! Que je courais innocemment dans les bois,
Quand ces gentes dames me sont apparues à genoux les trois à la fois,
Dans une nuée magique comme je n'en avais JAMAIS vue !
Pour me conter d'étranges légendes inconnues,
Me saisissant ainsi, les mains sur le pénis découvert,
Dans l'urgence d'un besoin pressant à satisfaire !
- Tu pourrais parler normalement, s'il te plaît ? Redis-moi ça, salaud !
ROLAND
Non-non-non-non ! Ce n'est pas ce que tu crois !
Ces filles sont habitantes des bois !
Elles m'ont ensorcelé de je ne sais quelle façon
Et me voilà contraint à la versification !
- ...Des filles à genoux dans les bois...
RADEGONDE
Le Mage Roland bien membru que voici nous a tirées... D'une dure extrémité !
Dans laquelle une sorcière maladroite et un peu marinée
Nous précipita avec le louable sentiment de nous sauver
Du sanglant courroux d'un mari qui se croyait trompé !
ROLAND
Cela est fort bien résumé, bien que d'apparence curieuse !
Et me voilà embarqué pour une simple envie urineuse !
Ha ! Ha ! Ha ! Ha !... Eeeehhh...
- ...Oui... Tu te fous de ma gueule ?
ROLAND
Euh... Je sais bien que toutes les occurences de cette fable
Sont contre moi, mais je ne suis point coupable !
Je prie que tu ne te méprennes point sur cet évènement,
Qui m'impose de la rime le constant désagrément !
Je conçois que tu pourrais prendre de tout cela ombrage,
Et je souhaite, Ma Mie, que tu ne conclues point par un carnage !
- Ah oui ? Alors écoute ça :
Si tu ne vires pas de céans ces trois putes,
Je manderai un avocat pour organiser la lutte !
ROLAND
Gasp !... Euh...
- Alors ?..
ROLAND (à l'oreille de Martine)
Je vais m'efforcer de larguer ces trois Vénus collantes
Sur une aire de repos de l'autoroute qui va à Nantes.
J'accourrai vers toi, le fait accompli,
Avec l'espoir que le charme sera enfui !
- Ca fait longtemps qu'il est enfui... T'as pas intérêt à traîner, ô Ordure... Evite les alcotests !
(elle claque la porte du logis)
ROLAND
Cela... Aurait de façon plus néfaste se passer...
Et nous allons im-mé-dia-te-ment en voiture remonter !
RADEGONDE
De quel autre pays merveilleux,
Mage Roland, vas-tu ravir nos yeux ?
BRANLETTIBERIA
Puis-je te rappeler cette sainte fringale
Qui est pour l'heure notre souci principal ?
ROLAND
Montez ! L'opprobre qui rejaillit de ce salmigondis infâme
Vous fera manger mes deux sandwiches au jambon de Parme !...
3 - RADEGONDE DECOUVRE LA MER
LE MENESTREL
Et Roland, envahi par le doute,
Reprit résolument la route.
Celui que ces dames croyaient voué à l'ascèse
Changea de décision et bifurqua soudain sur la A16...
Ils franchirent ainsi à vitesse non-autorisée
Les quarante-cinq lieues qui mènent au Pas-de-Calais.
Puis, la lourde diligence emprunta sans attente
Le chemin de Berck nommé "la Pénétrante".
Un ciel clément à peine nébuleux
Couvait des dunes le long déploiement langoureux ;
Roland en avait décidé ainsi : "Je vais ici me défouler
Et les trois encombranbes sur la plage échangiste abandonner"
Radegonde exprima le désir de stationner devant un bouge campagnard
Qui servait à l'exhibition d'hommes déguisés en femmes sur des chants criards.
La terrasse accueillante offrait maintes liqueurs aux assoiffés,
Sous la flamboyance d'un drapeau aux couleurs des pédés.
Assise confortablement après une longue route dans la diligence,
La reine laissa facilement éclater son impatience
Devant une créature balourde et androgyne, un peu vulgaire,
Qui se déhanchait loin d'eux sur le sol de pierre.
La monstroplante ardente au déduit de sarcasme avait pour fonction,
Le soir venu, de se travestir devant les tablées de sinistres glanduillons.
RADEGONDE
Holà, servante ignoblement déguisée !
Sers-nous donc céans ton breuvage le plus corsé !
- Dis-donc !? C'est quoi chteu pouffiasse ? Comment tu m'causes ?!
RADEGONDE
Hien ? Incline-toi, mégère pitoyable et pouilleuse !
Ou je fends de cette chaise ta face hideuse !
- Ho !! Vas te faire mettre, morue !!
RADEGONDE
Garde-toi, femelle qui pue le fard et le vomi !!
Que la peste soit de l'ordurière Pythie !!
- Mais je vais me la faire, chteu truie !!
(Le patron du bar sort pour calmer le jeu. Curieusement, lui aussi parle en vers)
LE PATRON
Cessez, je vous prie, ce bordel dans un établissement respectable,
Que la male bouffe et la rudesse du service rendent peu rentable !
RADEGONDE
Tavernier, je reconnais en toi une âme perdue et bien mal entourée !
Et je consens à épargner la manante enfarinée !
Levons le camp, Mage Roland,
Et voyons cette plage dont tu nous as vanté le vertueux sens du partage !
LE MENESTREL
Les voilà donc engagés dans une longue sente sableuse,
Vers un lieu dédié aux agapes de jouissance vicieuse.
Vous découvrez sur votre gauche la carcasse ouverte aux vents marins
De cette usine où se cherchent les foutreux vilains.
Et sur votre droite, les prémices de l'immensité dunaire ensoleillée,
Festonnée de nudistes aux couleurs du cuissot de sanglier cramé.
Roland entraîna sa suite surprenante au fond de l'espace de la Quête,
Jusques aux abords ombragés et pleins de piquants de la garenne discrète.
Animé comme une fusée à tête chercheuse avide de fantasmes,
Il guettait de la moindre fornication collective les subtils miasmes.
Déviée par la poursuite d'un jeune coupe hardeur bien connu,
La petite troupe s'enfonça dans un sous- bois aux arbres biscornus.
La reine et ses dames trouvaient la ballade plaisante
Et suivaient Roland avec une joie complaisante...
Un cri soudain les figea dans l'incongruité de leur situation,
Et Roland crut devoir à la maréchaussée fournir des explications !
Mais l'appel venait d'un jeune homme vêtu comme on l'était au temps de Réginar,
Au grand effroi des dames, toutes enlacées dans cette apparence de traquenard !
L'INCONNU
Qui vive ?! Quels sont les étrangers qui troublent notre lamentation,
Entamée depuis tant d'année dans ce fourbi de végétation ?!
RADEGONDE (elle s'avance avec fierté)
Homme ! Salue la reine du peuple le plus sage de la Forêt Enchantée !
Rends hommage à celle que tu viens jusques ici pourchasser !
L'INCONNU
Madame, je n'ai d'autre reine que celle que j'ai perdue dans un océan de larmes !
Je suis le Chevalier Bruant d'Orchisagne, et pour les lapins je garde les armes !
Vous entrez ici dans l'ancien domaine disparu de mon roi cruel et trépassé,
La belle Hédonie riche de ses arts et de ses moeurs libérées !
Que combattirent à outrance les forces d'Opalogne et de Dunisie alliées,
Dans le dessein d'exterminer notre peuple éclairé !
RADEGONDE
Ah ? Mais pourquoi dîtes-vous que, de votre Hédonie si bellement évoluée,
Le roi était un être cruel et de quoi au juste se lamenter ?
BRUANT
Las ! Madame ! Notre roi était otage de ses noirs préjugés,
Et c'est ce méchant homme qui déclara la guerre, par seule fierté !
A la tête du quart de l'armée, je réussis trop bien mon travail,
Pendant que lui-même sortait vaincu d'une autre bataille.
Je tançai avec tant de fougue le roi d'Opalogne, notre ennemi,
Que je parvins à le capturer et à faire de ses gens un grand abattis !
Cette victoire, acquise dans un cauchemar de sang,
Vexa mon roi qui se sentit humilié dans son rang.
La paix revenue, il me dépouilla de mes biens
Puis sur ma famille et mes amis, il cracha son venin.
Je fus tout près d'ici ensablé vivant,
Ainsi que mes huit fidèles lieutenants !
Nous ne dûmes notre salut à travers les âges
Qu'à une sorcière amie et son heureux ouvrage.
Nous dormîmes sous le sable des siècles durant
Et une goutte de sperme nous ramena aux vivants.
Le sort qui nous enveloppa prévoyait en effet
Que l'amour, dans ces dunes, pratiqué en secret,
Sur notre tombe dont la mémoire se perdit,
Devait nous réveiller en un temps sans ennemis...
Mais l'ennui de la solitude et la crainte de cette époque bizarre
Ternissent les retrouvailles avec le jour et nous avons le cafard !
RADEGONDE
Malheureux coeur perdu ! Ton histoire prouve le croisement des destins,
Et je redoute fort que mon brave ami Cailleuse ait suivi ton chemin...
ROLAND (à part)
Ce jour est pour moi source de grande consternation !
Où que j'aille, je trouve des gens étranges et des délires à la con !
Reculons discrètement, pendant que ces barjots échangent leur psychose,
Et gagnons pas à pas cette plage que la marée montante arrose !
RADEGONDE
Que fîtes-vous depuis votre libération, Chevalier Bruant ?
BRUANT
Nous sommes livrés à notre routine depuis deux ans.
La garenne nous offrit un abri sûr, grâce à la paranoïa intense
Du gardien qui vit seul dans ces bois, dont la taille est d'importance.
Il arpente, en toute saison, ce territoire comme si c'était le GR1 Diverticule,
Pour en faire fuir les promeneurs et les dépravés gredins qui s'enculent...
Nous vivons de chasse et de rêves, nous pleurons chacun sur l'épaule des autres,
Nous reportons sur nous-mêmes la tendresse qui bat fort dans nos côtes.
Et nous avons appris de ce fait à nous satisfaire avec égalité,
Pour compenser le manque de femmes fort regretté !
Mais, Madame ! La flèche bleutée de vos yeux perce mon âme affamée !
Je rêve maintenant de me sevrer au goût de votre peau laiteuse par le ciel envoyée !
Si vous êtes en quête d'un refuge, je prie que vous acceptiez le mien !
Si vous êtes en aussi grande peine que nous, partagez notre destin !
La munificence imprévue de cet évènement m'écrase de bonheur !
Ce jour de joie devait être écrit par quelque divin conducteur !
Accordez-moi la faveur, Madame, de vous ouvrir mon coeur et ma maison !
Mais je ne garantis point d'abandonner si vite l'amour de mes compagnons...
Cinq d'entre eux m'ont apporté un investissement viril et doux,
Pendant que les trois autres aiment à soupirer, leur nuque contre mon cou.
La complicité qui nous unit est inaltérable, mais le besoin de descendance se dessine.
Or, nous n'avons point encore vu toutes les combinaisons que la statitique détermine !
Vous êtes néanmoins, Mesdames, les bienvenues si vous avez le coeur à l'ouvrage,
Dans cette Garenne Enchantée où l'on fera renaître un royaume en votre hommage !
Vous êtes reine, je vous conjure de le rester et d'associer votre détresse
A celle que nous vivons, pour ensemble reconstruire avce sagesse !
RADEGONDE
Chevalier, votre offre est un cadeau du sort le plus savoureux !
Et nous acceptons toutes trois de nous unir à votre clan valeureux !
BRUANT
O joie démesurée ! !
Une nouvelle ère est née !!
Sortez des buissons, fidèles lieutenants chéris !!
Posez vos armes et embrassez nos amies !!
UN LIEUTENANT
Mais... Ce sont des femmes ?... Des vraies ? Pas comme les travelotes du Terminus ?...
UN AUTRE LIEUTENANT
Il fait beau voir qu'elles arrivent ici, je vais pouvoir refroidir mon anus !
UN TROISIEME LIEUTENANT
La petite blonde me paraît fort appétissante, ma foi !
Et je vois déjà que mon poil roux fait mouiller son minois !
BLENNORASIA
Oh oui, Homme de la garenne, car le rouge est la couleur de l'amour !
Et quand le rouge est mis, je m'incline et au rut j'accours !
UN QUATRIEME LIEUTENANT
Et toi, De Fliers ? Vas-tu m'abandonner pour des précieuses à la peau de pêche ?
UN CINQUIEME LIEUTENANT
Que nenni, tendre Passe-Pierre ! J'aime toujours les poils et les contours un peu rêches !
L'arrivée de ces jambons-là est un authentique déversement de féminité
Qui ne changera rien au tuyau qu'affectionne mon robinet !
BRUANT
Saluons la gloire de ce moment, mes doux chevaliers, mes frères !
Salicorne, Fliers, Marécangie, Sablanges, Passe-Pierre,
Oyats, Birkoise, et toi aussi, mon délicat chaton de Saulières !...
Chantons ensemble, célébrons de notre histoire la date la plus fière !
Et montrons à nos déesses du hasard la ferveur dont nous sommes capables !
BLENNORASIA ET BRANLETTIBERIA
Et si, avant les choses de la bagatelle, nous passions à table ?!
RADEGONDE
Merci au ciel de nous avoir trouvé un nouveau havre où débarquer notre errance !
Une dernière fois, je pleure mon passé et la douce Eléborance...
Nous regardons vers l'avenir, Chevalier Bruant, je ferai de vous mon roi !
Je te rends mille grâces, Mage Roland, artisan de toutes les solutions, réjouis-toi avec moi !
...Ben... Où il est ?
4 - TOUT FINIT PAS TROP MAL
SUR CETTE COTE D'OPALE ;
MAIS IL SEMBLE QUE LE MAGE ROLAND
N'AIT PAS RESOLU SON TOURMENT...
LE MENESTREL
Ainsi s'achève l'épopée de Sainte-Radegonde, la bien-nommée !
Femme et reine, forte et courageuse, déborbante de bontés !
Nous la laissons maintenant avec le jeune Chevalier Bruant,
Tous deux enlacés sur la plage, face au couchant !
Notre histoire sur cette image poétique, rosie d'espoirs de liberté,
Et sur la renaissance d'un monde que nous vous supplions de ne point déranger !
Oh, mais je crois qu'il nous reste à retrouver la trace en cette heure,
De celui qui fut le bien involontaire Mage imposteur,
Je veux parler bien sûr de Monsieur Roland Duchêne, époux de Martine,
Qui s'esquiva de la scène sans même donner de la pine.
J'ai ici une archive vidéofaçonnée qui nous montre une rue de Paris, je crois,
Bordée d'immeubles aux façades constellées de fenestrons bourgeois.
Deux vieilles dames au pelage mauve montent dans le taxi de notre héros
Et lui soumettent leur destination de rombières cathos :
"La boutique Yves Rocher, 72, rue Saint-Denis, s'il vous plaît."
ROLAND
HA !! HA !! HA !!
PARBLEU, MES GARCES !! Les bonnes pipes de Saint-Denis sont plus réputées
Que celles de Saint-Claude, selon la légende de bouche en bouche tuyautée,
Ainsi que l'exprimait un ciseleur de calembours que j'entendis
Hier dans les Grosses Têtes, quand je m'en revenais d'Orly !!
(Les deux bourgeoises se regardent)
"...Il est taré ou quoi ?..."
FIN
(mais à bientôt quand même...)
Daniel B., 9-10-11 septembre 2003
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